Question à Mario Draghi de Bernard Monot au sujet de la BCE

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Question à Mario Draghi de Bernard Monot au sujet de la BCE

Retrouvez mon intervention en vidéo ICI.

Monsieur le Président,

Je voudrais relever une contradiction dans la politique de la BCE et avoir vos explications.

Votre institution œuvre au soutien de la croissance économique, à la fois par l’instrument traditionnel des taux, tous au plus bas historique, et par une multitude d’outils non conventionnels.

Les programmes de TLTRO et de rachats d’ABS notamment. Le but est bien d’inciter les banques à prêter à l’économie réelle et contrer la menace de déflation. Force est de constater que cela fonctionne plutôt mal, mais en tout cas c’est bien l’objectif de votre politique.

Or, par ailleurs, la BCE pousse en faveur de la réforme du traitement prudentiel des titres souverains. Aujourd’hui, ces titres bénéficient d’une pondération zéro, c’est à dire que l’on associe aucun risque de défaut à la dette des Etats européens.

Cela améliore la solvabilité des banques qui les détiennent.

Vous souhaitez aujourd’hui introduire une pondération variable. Par définition, le risque associé ne pourra que s’aggraver, puisque l’on part de zero. La solvabilité se dégradera, et aura pour conséquence de diminuer la capacité des banques de prendre d’autres risques, c’est dire de prêter.

C’est bien le contraire du but de votre politique.

Cela donnerait du reste aux marchés et aux agences de notation le pouvoir d’influencer indirectement les politiques économiques des pays émetteurs, en faisant indirectement pression via les banques.

Je voudrais donc savoir comment vous expliquez cette contradiction des objectifs.

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Réponses de Mario Draghi:

Merci, au fait je ne pense pas qu’il y ait de contradiction, nous avons une politique monétaire très accommodante, et nous allons continuer à la faire comme le mandat le demande. Donc le taux d’inflation doit être proche de 2% mais inférieur à 2%, et on est très très loin de cet objectif.

Nos politiques fonctionnent en fait parce que je vous ai présenté des perspectives plutôt sombres pour l’économie mondiale au début de ma présentation, mais il y a quand même un certain développement positif côté crédit, et je voudrais attirer votre attention là-dessus; certains développement positif dans la zone Euro.

On voit une reprise des marchés du crédit, reprise qui se poursuit, une reprise de plus en plus marquée même, toute les enquêtes que nous avons réalisées côté prêts bancaire, et côté PME, donc emprunteur, montre que les prêts ont repris, pas uniquement en volume, mais en terme de proportion; en d’autre terme, les emprunts ont repris dans les pays qui subissent des tensions, mais aussi dans d’autres.

Les taux ont baissé, on utilise un indicateur composite pour le coût de l’emprunt, et cela montre que les taux d’emprunt pour toute la zone euro ont baissé d’un indicateur composite de 60 point de base depuis l’annonce des mesures d’assouplissement des crédits; et en plus de cela, nous voyons également que la dispersion entre les gros préteurs et les petits préteurs est également réduite maintenant, pas en terme de volume, mais en terme de coût.

Donc en tout et pour tout, je dirai que le développement sur les marché des crédits renforce la pression, que la reprise se poursuit; on parle de reprise graduelle, ce n’est pas quelque chose de spectaculaire pour l’instant, mais c’est quelque chose qui se poursuit, quelque chose qui est constant, et on va vers un mieux.

Tout cela avec une très légère amélioration du marché de l’emploi; ce sont des aspects positifs de cette reprise et c’est la distinction notamment par rapport au passé, c’est quelque chose qui est surtout poussé par la demande intérieure; donc dans un certain sens cela montre que nos politiques fonctionnent.

Y at il une contradiction avec notre politique de supervision?; je pense que c’est cela votre remarque.

Moi je voudrais aborder cela de manière générale, puis de manière spécifique, à savoir des obligations souveraines, et l’évaluation des risques.

Il n’y a pas de contradiction entre une politique monétaire accommodante, et une supervision étroite du système bancaire.

Si une banque est faible, si elle n’a pas de capitaux, à ce moment-là elle ne va pas prêter; si une banque a des actifs qui sont investis dans une opération risquée, elle ne va pas prêter; donc une action de supervision stricte est nécessaire pour garantir que la reprise va aller de pair avec un système de crédit fort.

C’est l’expérience que nous avons d’ailleurs fait en 2010, 2011 et également presque en 2012. Tout le côté macroéconomique, c’est à dire la politique monétaire, était en place pour engendrer cette reprise, une expansion de liquidité; pourtant le système bancaire ne donnait pas d’argent à l’économie. Nous avons surmonté cela. Pourquoi? tout simplement parce que les banques ce sont pas mal renforcées avant et après l’évaluation globale du SSM, et maintenant, les crédits reprennent.

Une supervision stricte devrait reposer sur des faits, devrait reposer sur une évaluation réaliste et sobre des risques.

Donc une action de supervision stricte n’est absolument pas en contradiction avec une politique monétaire accommodante, en fait c’est une condition préalable à ce type de politique monétaire pour que cette politique ait vraiment un effet sur l’économie.

 

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